Voyager seul en étant autiste et TDAH : récit personnel et défis concrets

Quand l’envie de découvrir rencontre le besoin de préparer

L’obtention d’une place en échange Erasmus à l’Université de Montréal marque une nouvelle étape que j’ai souhaitée dans mon parcours étudiant. Je suis autiste et TDAH (dyslexique et dysorthographique), et ce fonctionnement qui forme le "moi" m’apporte autant de curiosité que de défis. Le TDAH stimule mon côté explorateur : il m'a poussé à m’inscrire pour ce programme. Mon envie de découvrir vient autant de mon TDAH, qui facilite la prise d’initiative (parfois un peu trop), que de mon autisme, car j’ai un besoin constant d’apprendre et d’explorer de nouveaux domaines. Parallèlement, être autiste implique un fort besoin de préparation et d’anticipation : je dois planifier chaque étape du voyage, analyser les procédures et réduire les imprévus pour préserver mon énergie. Je raconte ici ce que représente pour moi ce premier voyage en avion seul vers Montréal, avec les difficultés concrètes que cela soulève quand on est autiste et TDAH. Mon but ? Partager ce que cela implique dans le quotidien, à travers les aspects sensoriels, la gestion du temps, la communication, ou encore l'énergie que cela demande dans un contexte aussi stimulant qu’un aéroport.

En France, on utilise souvent des termes médicaux ou négatifs pour parler de l’autisme et du TDAH. J’ai choisi d’adopter un lexique centré sur les capacités : je parle de difficultés ou de stratégies plutôt que de « troubles » ou de « déficiences ». Être autiste ou TDAH ne signifie pas être déficient ; cela influence ma perception du monde et m’oblige à ajuster certaines choses pour que ma vie reste harmonieuse.

Le grand départ : entre excitation et appréhension

Mon acceptation au programme Erasmus m’a rempli de fierté. Être reconnu pour mes résultats académiques est une immense source de motivation. Le TDAH est souvent associé à la recherche de nouveautés et à l’exploration ; j’ai donc ressenti une envie irrésistible d’expérimenter la vie à l’étranger. Mais à l’approche du départ, être autiste prend le dessus : je veux tout anticiper, des documents administratifs aux procédures de sécurité en passant par l’organisation de la valise et la gestion des temps d’attente.

Les délais administratifs, un impondérable stressant

Pour partir au Canada, il me faaut un permis d’études et des documents d’échange. Malgré une préparation très en amont (constitution et dépôt des dossiers, obtention des premiers documents nécessaires, rendez-vous pour les données biométriques, contact avec l’université), les délais administratifs sont plus longs que prévu. Au moment de la rédaction de cet article je n'ai toujours pas reçu mon permis d'études à une semaine de la date de départ initialement prévue, ce qui réduit mon temps pour me préparer mentalement. L’imprévu est un déclencheur pour beaucoup de personnes autistes : nous avons besoin de temps pour nous acclimater à une nouvelle situation (comprenez dans cette phrase le temp pour récupérer toutes les informations nécessaires afin d'entreprendre un changement). Quand ce temps manque, l’inconnu grandit et nous épuisons nos ressources pour gérer la surprise et l'urgence.

La préparation matérielle

Pour réduire le stress, j’ai listé toutes les étapes essentielles : imprimer les billets et le permis, préparer les bagages (en vérifiant les restrictions de taille et de poids), préparer mon sac à dos pour que tout le nécessaire s'y trouve. Les accessoires sensoriels sont indispensables : un casque à réduction de bruit, un masque de sommeil, des bouchons d’oreilles, un objet à manipuler. J’ai aussi préparé des snacks et une bouteille d’eau pour éviter l’inconfort lié à la faim ou la soif pendant les heures d’attente.

Le badge tournesol et ma carte personnelle : rendre visible l’invisible

Un outil qui change la donne est le cordon tournesol. Ce programme, inspiré du « hidden disability sunflower », permet aux personnes avec un handicap non visible d’être identifiées discrètement. J’ai conçu un badge avec la charte graphique de Simplement autiste, la mention « autiste et TDAH », et un numéro d’urgence. Il est attaché à un cordon tournesol, facilement reconnaissable. Cette carte indique clairement que je suis autiste et TDAH, qu’il peut m’être difficile de gérer certaines interactions, et qu’un peu de patience peut m’être précieuse. Elle est disponible en téléchargement au format image et PDF et une carte sera ajoutée dans chaque commande de mon site. Cela m’apporte un vrai sentiment de sécurité : je peux la montrer sans avoir à me justifier verbalement si je perds mes mots ou si le stress prend trop de place.

Les enjeux sensoriels : comprendre la surcharge

L’environnement aéroportuaire est intense : lumières puissantes, bruits incessants, annonces au haut-parleur, odeurs, mouvements de foule. Être autiste peut implique un fonctionnement sensoriel différent, notamment avec un traitement sans filtre de toutes les informations sensorielles qui arrivent donc toutes en même temps . J’ai appris à reconnaître mes déclencheurs : le bruit des moteurs et des annonces me fatigue rapidement, les lumières vives me gênent, le contact physique non anticipé me crispe. Je m’équipe en conséquence : casque antibruit, sweat capuche, lunettes de soleil, badge pour signaler mes besoins.

La gestion du temps et des priorités

Le TDAH et l'autisme s’accompagne souvent d’une difficulté à ressentir ou estimer le temps. Cela peut se combiner avec le besoin autistique de routine et de planification. Mais ce qui est peut-être le plus difficile pour moi, c’est la perception même du temps : j’ai du mal à savoir combien de temps une tâche prend, à me rendre compte du temps qui passe, ou à projeter ce qu’il me reste avant une échéance. Cette difficulté m’oblige à m’outiller en permanence : alarmes, minuteurs visuels, rappels réguliers. En contexte de voyage, c’est encore plus critique, car la moindre perte de rythme peut générer une série d’erreurs ou de malentendus. Le stress peut certes activer un mode d’urgence ("grâce" au TDAH), mais ce mode ne dure pas et il peut être perturbé par un imprévu.

La perception de l’espace et le repérage

Contrairement à certaines personnes autistes, je n’ai pas de difficulté à me repérer dans l’espace — j’ai même une excellente mémoire spatiale. C’est une chance  dans ce type de contexte. Mais cette capacité ne suffit pas si les informations sont mal présentées, si les panneaux sont peu visibles ou si l’enchaînement d’actions est interrompu. Ce n’est pas une déficience de compréhension, mais une surcharge d’informations mal hiérarchisées. Être interrompu dans une tâche ou devoir changer de direction à la dernière minute peut désorganiser tout un enchaînement que j’avais préparé mentalement.

Les défis de la lecture et de la dyslexie en situation de stress

En période de stress, ma dyslexie et ma dysorthographie s’intensifient. Les lettres se mélangent, les chiffres s’inversent. Je peux donc photographier les panneaux, demander des confirmations, utiliser les alarmes de mon téléphone. Le badge va faciliter ces interactions : au lieu de devoir tout expliquer, je peux simplement m'en servir comme une "base dans la communication".

Les interactions sociales et la communication

Parler à des agents de sécurité, du personnel de bord ou à des inconnus peut être complexe. Une difficulté importante pour moi dans ce type de contexte est le contact visuel, aussi appelé eye contact. Comme beaucoup d’autistes, je le trouve inconfortable, voire douloureux. Ce n’est pas de la timidité ou du désintérêt, mais une surcharge sensorielle en soi. Soit je fais un effort pour soutenir le regard, et je n’entends plus correctement ce qu’on me dit, soit je détourne les yeux pour écouter réellement. Expliquer cela permet d’éviter certains malentendus. J’ai appris à compenser en regardant le front, mais cela ne passe pas toujours inaperçu. Là encore, le badge me permet d’indiquer les choses de manière facilité, sans avoir à entrer dans des justifications longues et energivore.

Ce que je ressens à la veille du départ

Ce voyage représente bien plus qu’un simple déplacement : il s’agit du premier que j’entreprends seul, et aussi le premier dans un cadre universitaire vraiment adapté à mon fonctionnement. C’est à la fois un pas vers le futur que je me construis, et une façon de dire que mes efforts, mon chemin, sont enfin reconnus.

J’ai découvert que malgré le temps qui passe, certaines peurs restent vives. Voyager seul, aussi loin, me confronte à une forme d’anxiété très primaire. Parfois, je me sens comme un enfant plus que comme l'adulte que je suis sensé être. Mais avec une préparation minutieuse, des outils adaptés, et mes stratégies, je me sens aussi prêt à vivre cette étape.

Si tu lis ce texte et que tu es toi aussi autiste ou TDAH, sache que tu n’as pas à tout faire « comme les autres ». Signale-toi si besoin, prépare-toi comme tu en as besoin, et garde sur toi ce qui t’aide, que ce soit un badge, une carte, un objet fidget ou des rappels visuels. Demander de l’aide ne signifie pas échouer.

Dans mon sac à dos, j’emporte des choses simples : des fidget toys, des objets rassurants. Et dans mon esprit, l’envie de goûter de nouveaux plats, d’apprendre des expressions (et des insultes) québécoises, et de vivre cette vie d’étudiant à l’autre bout du monde. Avec toute l’énergie que ça demande ( sur cet aspect je triche un peu quand le TDAH est au commandes), et toute celle que ça rapporte aussi.

Tout Simplement

Pour celles et ceux qui souhaitent aller plus loin ou préparer un voyage en tenant compte de leur fonctionnement neurologique, voici quelques liens utiles :

  1. Le programme du cordon tournesol (Hidden Disabilities Sunflower) : https://hiddendisabilitiesstore.com/
  2. Informations sur les droits à l’assistance aéroportuaire (site européen) : https://ec.europa.eu/transport/themes/passengers/air_en
  3. Guides pratiques sur les voyages accessibles : associations locales d’autistes ou plateformes de mobilité inclusive.

Carte à télécharger: 

Important : Il est formellement interdit de modifier le code couleur.

Retour au blog

Laisser un commentaire