Femmes autistes : ce que mars nous a appris, ce que l’avenir doit comprendre.

En mars, il y avait cinq lundis. Cinq occasions de parler des femmes autistes autrement. À travers quatre articles, nous avons mis en lumière leur place dans les sciences, l’art, la politique et dans notre manière même de comprendre l’autisme. Nous avons déconstruit des idées reçues, interrogé les classements rigides, et valorisé des voix trop souvent absentes.

Mais ce que nous avons amorcé ce mois-ci ne peut pas rester une parenthèse.

Alors que la Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme approche, il nous semble important de faire un pas de plus. Ce cinquième article propose à la fois une synthèse et une ouverture : rappeler ce que nous avons appris, mais aussi aller chercher d’autres figures encore peu mises en avant — dans l’ingénierie, la musique, la peinture, l’humour. Il s’agit de continuer à élargir l’espace accordé aux femmes autistes, sans l’enfermer dans une temporalité ponctuelle ou dans un rôle de représentation.

Nous le faisons avec un objectif clair : affirmer que la parole des personnes autistes, quelle que soit leur identité de genre, doit pleinement s’intégrer à la société. Valoriser les femmes autistes, oui — mais pour mieux avancer vers une inclusion complète, sans hiérarchie, sans condition, sans distinction artificielle entre les voix.

Ce que mars nous a appris : retour sur les quatre articles précédents

Tout au long du mois, les articles ont mis en lumière plusieurs angles fondamentaux autour de "l'autisme au féminin". L’un a exploré la manière dont les stéréotypes de genre contribuent au sous-diagnostic des femmes, en masquant des signes pourtant clairs de fonctionnement autistique. Ces mécanismes invisibilisent des parcours et empêchent une prise en charge adaptée.

Un autre a mis en lumière le rôle de femmes autistes dans les sciences, révélant comment certaines caractéristiques — pensée en systèmes, rigueur, capacité d’attention au détail — peuvent enrichir la recherche. Temple Grandin, Rosalind Franklin, Victoria Kayser... autant de noms qui montrent que l’autisme n’est pas un obstacle à l’innovation scientifique, mais parfois même l’une de ses forces motrices.

L’article suivant s’est intéressé aux formes d’expression publique et artistique. Greta Thunberg et son activisme écologique, Babouillec et sa poésie hors du langage verbal, Fern Brady ou l’humour direct et assumé, Jessica Benham en politique : ces figures montrent que la parole autistique peut s’exprimer pleinement, même lorsqu’elle sort des formats attendus.

Enfin, une réflexion plus structurelle a été menée sur les limites des classifications médicales rigides. L’étiquetage des personnes comme "autistes sévères" ou "de haut niveau" masque la complexité des profils et empêche une approche adaptée et inclusive. Le cas de Babouillec, non verbale mais profondément penseuse, rappelle que l’intelligence ne se loge pas toujours là où les outils classiques cherchent à la mesurer.

D’autres voix, d’autres femmes : élargir encore le champ

Les femmes autistes sont présentes dans tous les domaines de la société, même si leur visibilité reste souvent faible. Ce panorama n’est pas exhaustif, mais il invite à sortir des cadres habituels pour reconnaître la pluralité des talents autistiques.

Dans le domaine de l’ingénierie et de l’innovation technologique, certaines femmes autistes travaillent sur des systèmes complexes, des algorithmes, ou des innovations en intelligence artificielle, souvent sans reconnaissance publique. On pense notamment à des chercheuses comme Lyric Rivera, spécialiste des systèmes d’automatisation, ou à Tara C., ingénieure et autiste militante, qui documente son parcours dans l’industrie tech tout en vulgarisant les enjeux liés à la diversité cognitive dans les métiers STEM.

Dans le monde artistique, plusieurs peintres et illustratrices autistes utilisent leur hypersensibilité sensorielle pour créer des œuvres aux textures vibrantes et à l’esthétique singulière. On peut citer Donna Williams, autrice et artiste autiste, dont les toiles et livres (comme Nobody Nowhere) ont marqué un tournant dans la perception de l’autisme de l’intérieur. Certaines artistes francophones émergent également sur les réseaux sociaux, mêlant art brut, poésie visuelle et témoignage personnel.

Côté musique, des voix autistes trouvent un écho particulier. La chanteuse américaine Courtney Love a parlé publiquement de son diagnostic tardif. D'autres artistes comme Maja Toudal, musicienne et créatrice danoise, utilisent la musique pour exprimer leur perception du monde et parler de leur fonctionnement cognitif. Ces trajectoires montrent que la scène artistique est aussi un terrain d’expression de la diversité neurologique.

Enfin, dans le domaine de l’humour francophone, l’autisme peine encore à se visibiliser, mais certaines voix émergent, notamment sur les réseaux sociaux ou les scènes stand-up indépendantes. L’humour porté par des personnes autistes s’ancre souvent dans le décalage, l’observation des normes sociales absurdes, ou le non-sens volontaire — une forme qui questionne la norme tout en provoquant le rire.

Chaque domaine mériterait un article à part entière. Ce que ces parcours montrent, c’est que l’autisme n’est pas un frein à la création, à l’analyse, au partage — il en est souvent la matrice originale.

L’apport des femmes autistes à la société : une diversité cognitive précieuse

Des voix qui s’adressent à toutes et tous

Les femmes autistes ne s’expriment pas seulement pour faire entendre une cause spécifique, mais pour interroger des domaines qui nous concernent toutes et tous : le rapport à l’environnement, à la vérité, à la justice, à la création. Greta Thunberg interpelle les chefs d’État ; Babouillec interroge le langage, la norme, le politique à travers la poésie ; les créatrices autistes posent des questions universelles avec leur sensibilité propre. Leurs voix ne doivent pas seulement être écoutées « au nom de l’autisme », mais pour la richesse de ce qu’elles apportent à la société dans son ensemble.

Mettre en avant les femmes autistes, c’est reconnaître la richesse de leurs apports à la société. Leur façon de penser interroge nos habitudes, nos normes implicites, nos automatismes. Elles apportent souvent une cohérence, une clarté et une profondeur qui contrastent avec un monde saturé de rapidité et d’apparences.

Leur sensibilité accrue aux détails, leur engagement sincère dans ce qui a du sens pour elles, leur besoin de vérité dans la communication — toutes ces caractéristiques, trop souvent pathologisées, sont aussi des ressources pour mieux penser, créer, transmettre. Il ne s’agit pas d’idéaliser ou de nier les difficultés liées à certains contextes, mais de reconnaître que les approches cognitives différentes enrichissent collectivement notre compréhension du monde.

Pour cela, encore faut-il que les milieux éducatifs, professionnels et culturels soient prêts à accueillir cette diversité : non pas en tolérant des écarts à la norme, mais en transformant la norme elle-même.

Ne pas refermer le dossier en mars : se projeter vers avril (et après)

Le mois de mars se termine, mais le calendrier ne doit pas rythmer notre capacité d’écoute. Le 2 avril, journée mondiale de sensibilisation à l’autisme, est l’occasion de poursuivre cette dynamique, de continuer à rendre visibles les voix trop souvent marginalisées.

Sensibiliser ne suffit pas. Il faut aussi agir concrètement : outiller, soutenir, repérer les talents et ouvrir les espaces. Cette responsabilité est collective. Elle implique les enseignants, les décideurs, les médias, les employeurs et les institutions culturelles.

Parler des femmes autistes ne devrait pas être une action annuelle. C’est une étape parmi d’autres vers une société qui sait reconnaître les talents là où ils s’expriment — même lorsqu’ils prennent des chemins inattendus.

Pour aller plus loin : quelques ouvrages et artistes à découvrir

Babouillec (Hélène Nicolas) : Algorithme éponyme, Rouge de soi, Raison et acte dans la douleur du silence, Soif de lettres

Donna Williams : Nobody Nowhere, Somebody Somewhere (livres autobiographiques et œuvres picturales)

Naoki Higashida : The Reason I Jump, Fall Down 7 Times Get Up 8

Ido Kedar : Ido in Autismland

Fern Brady : Strong Female Character (2023)

Greta Thunberg : Rejoignez-nous : le combat de ma vie pour sauver la planète

Maja Toudal, Lyric Rivera, Tara C. : créatrices de contenus et témoignages disponibles en ligne (blogs, conférences, réseaux sociaux)

Clore un mois de valorisation ne signifie pas refermer une parenthèse. Au contraire, il s’agit d’ouvrir durablement l’espace : pour que les femmes autistes ne soient plus des exceptions admirées, mais des interlocutrices reconnues. Pour qu’on cesse de les mesurer à l’aune de ce qu’elles surmontent, et qu’on commence à écouter ce qu’elles apportent. Pour qu’au-delà de mars, leur parole continue d’irriguer la pensée collective.

Et surtout, pour que l’inclusion ne soit pas genrée, ni conditionnelle. Qu’elle soit pleine, réelle, et ouverte à toutes les formes d’intelligence humaine, dans leur diversité et leur beauté propre.

Tout Simplement.

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