Et ainsi naquit le mot « autisme »


Depuis l’Antiquité et jusqu'à nos jours, la perception des différences cognitives et comportementales ont profondément évolué. Pourtant, il est fondamental de prendre conscience que, bien avant l'apparition du mot autisme, les personnes autistes ont toujours existé, même si leur réalité était souvent mal comprise, déformée ou invisibilisée. Retracer l’histoire de ce terme, c’est remonter aux origines d’une compréhension progressive des différences de structurations cognitives.

De l’Antiquité à l’Enfant Sauvage de l’Aveyron

Dans l’Antiquité, les personnes présentant des comportements atypiques ou des différences intellectuelles étaient souvent qualifiées « d’idiots » (le terme a perduré sous la notion « d’idiotisme » et non pas « d’idiotie »). Il est crucial de comprendre que le mot idiot ne portait pas à l'origine la connotation péjorative qu’il a acquise plus tard. Issu du grec ancien idiotès (ἰδιώτης), il désignait une personne privée ou isolée, souvent éloignée des affaires publiques. Cette isolation, qu’elle soit choisie ou subie, rappelle certains traits que nous associerions aujourd’hui à des personnes autistes, notamment une tendance à l’introspection ou à l’évitement des interactions sociales conventionnelles.

Cependant, ce regard était profondément empreint d’incompréhension. Les comportements qui ne s’alignaient pas sur les normes de l’époque étaient perçus comme des déviances ou des anomalies. Ce n’est qu’au XVIIIe siècle, avec l’histoire de Victor, « l’enfant sauvage de l’Aveyron », que cette perception commence à changer, et à poser les bases de l’éducation spécialisée.

Victor de l’Aveyron : le précurseur d’une éducation spécialisée

Découvert en 1799 dans une forêt de l’Aveyron, Victor, un jeune garçon qui semblait dépourvu de langage et de comportements sociaux typiques, a suscité l’intérêt des scientifiques. Jean-Marc Gaspard Itard, médecin et pédagogue, entreprit une tentative d'éducation visant à « civiliser » cet enfant. Bien qu’il échouât à rendre Victor conforme aux attentes sociales de son époque, ses travaux posèrent les bases de l’éducation spécialisée. Cette histoire, bien qu’indirectement liée à l’autisme, illustre un moment clé où l'on a tenté de comprendre et de soutenir des individus considérés comme « différents ».

Bleuler et la naissance du mot « autisme »

C’est en 1911 que le psychiatre suisse Eugen Bleuler introduit pour la première fois le terme autisme dans un contexte médical. Issu du grec autos (αὐτός), qui signifie « soi-même », le mot fut utilisé pour décrire une caractéristique spécifique des patients atteints de schizophrénie. Bleuler observait que ces patients semblaient se retirer dans leur propre monde intérieur, coupés des interactions sociales et des réalités extérieures.

A ce niveau il est important de préciser deux choses, la première est que le mot Autisme est né dans la psychanalyse, la seconde que ce terme a été choisi pour contredire la théorie de l’auto-érotisme de Freud.

Pourquoi ce terme ?

Le choix de l’autisme reflète la vision de Bleuler sur l’autocentrée des patients schizophrènes. À l’époque, l’autisme n’était pas considéré comme une entité distincte, mais comme un symptôme parmi d'autres d'une pathologie psychiatrique plus large.

Ce terme a également été utilisé par Grounia Soukhareva, pédopsychiatre soviétique dont les travaux ont été fondamentaux bien que l’autisme fût encore, en 1926, officiellement perçu comme un symptôme de la schizophrénie.

Ce n’est que plusieurs décennies plus tard que le mot allait se détacher de la schizophrénie pour devenir un diagnostic à part entière.

En 1943, l'Américain Leo Kanner reprit ce terme pour décrire un groupe spécifique d’enfants qu’il considérait comme souffrant de ce qu’il nommait « autisme infantile précoce ». Contrairement aux patients schizophrènes de Bleuler, ces enfants ne présentaient pas de délires ni d’hallucinations, mais montraient des comportements répétitifs, des intérêts restreints, et des difficultés d’interaction sociale dès leur plus jeune âge. Parallèlement, en Autriche, Hans Asperger travaillait sur un profil d'enfants ayant des traits similaires mais une intelligence souvent moyenne ou supérieure. Ces travaux, très (très très) inspirés des travaux de Grounia Soukhareva, jetèrent les bases de la compréhension moderne de l’autisme.

De l’étiquette médicale à l’insulte

Avec le temps, le terme autisme a acquis une notoriété publique. Malheureusement, cette popularisation a conduit à des usages détournés et souvent stigmatisants. À partir des années 1990, on commence à voir le mot utilisé comme une insulte, notamment pour dénigrer une personne jugée « fermée », « désintéressée des autres », « bizarre » ou encore « intellectuellement retardés »

Ce glissement sémantique reflète une ignorance persistante quant à la réalité de l’autisme. Réduire ce diagnostic complexe à une caricature ou une moquerie a contribué à perpétuer des stéréotypes nuisibles. Ces attitudes, bien que dommageables, ont également motivé des efforts accrus pour sensibiliser et éduquer le grand public sur ce qu’est réellement l’autisme.

La naissance de la fierté autistique et le concept de neurodiversité

Face aux stigmates et à la marginalisation, un mouvement d’autodétermination est né au sein de la communauté autiste. Dans les années 1990, des autistes eux-mêmes, tels que Jim Sinclair, ont commencé à revendiquer leur identité avec fierté, rejetant l’idée que l’autisme était une maladie à « guérir ». Ce mouvement donna naissance à la « fierté autistique », qui célèbre l’autisme comme une façon d’être différente mais tout aussi valable que les autres.

C’est également à cette époque que le concept de neurodiversité a émergé. Ce terme, popularisé par la sociologue Judy Singer, repose sur l’idée que les différences neurologiques, telles que l’autisme, le TDAH ou la dyslexie, sont des variations naturelles du spectre humain et non des pathologies à corriger. Bien que le concept de neurodiversité mérite un développement à part entière, il est important de noter qu’il marque un tournant décisif dans la manière dont nous percevons et accueillons la diversité humaine.

De l’incompréhension à la reconnaissance

L’histoire du mot autisme est bien plus qu’un simple récit étymologique. C’est une fenêtre sur les évolutions culturelles, scientifiques et sociales de notre rapport à la différence. De l’Antiquité à nos jours, la perception de l’autisme est passée de l’ignorance et du rejet à une meilleure compréhension et à une valorisation progressive de la diversité.

Pourtant, le chemin n’est pas terminé. L’utilisation de l’autisme comme insulte persiste, et de nombreux stéréotypes continuent d’entraver la pleine inclusion des personnes autistes. Mais grâce aux efforts de la communauté autiste et des alliés, les mentalités changent. Aujourd’hui, le mot autisme ne porte plus seulement le poids de la stigmatisation : il est aussi un symbole de résilience, de diversité et de fierté.

Nous le précisons ainsi, nous sommes : SIMPLEMENT AUTISTE

Tout Simplement.

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